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Aventures Extérieures
D'une pointe à l'autre
Par bill scheller, journaliste du Vermont publié dans National Geographic Traveler, The
Washington Post Magazine, Yankee et Islands. Grand amateur de longues distances sur vélo, il planifie
déjà son prochain voyage avec son fils, Dave.
Nous avons pédalé jusqu'au-delà des rochers, passé le phare de
North Cape, à l'extrémité nord-ouest de l'Île-du-Prince-Édouard.
« Si nous voulons pédaler d'un bout à l'autre de l'Île, ai-je dit
à mon fils Dave, âgé de 14 ans, nous ne pouvons pas tricher. » Et c'est
exactement ce que nous avons fait, nous avions pratiquement les roues dans le golfe du Saint-Laurent
au point de départ.
Presque tout notre itinéraire devait emprunter le Sentier de la Confédération,
le sentier de loisirs de la province qui mesure 300 kilomètres de longueur. Ce sentier,
aménagé le long du chemin de fer abandonné passe par régions
agricoles, forêts et villages, tout comme le train le faisait autrefois. Et tout comme
le train, les cyclistes qui suivent cette voie n'ont jamais à forcer pour monter des
pentes raides. Les pentes sont de deux pour cent, ce qui convenait tout à fait aux
trains de passagers et de pommes de terre et ce qui nous convient tout à fait à
mon fils et à moi.
À partir du phare de North Cape, nous avons pris une route qui longe la côte, observant les
acrobaties des goélands au-dessus du golfe. Après huit kilomètres, nous nous sommes
dirigés vers l'intérieur des terres pour pouvoir emprunter le début du Sentier de
la Confédération, à Tignish. « Le point de départ du Sentier se trouve dans le
parc, à un coin de rue d'ici », nous a informés une femme du village. Et elle avait raison.
Le sentier prenait naissance dans le parc et disparaissait ensuite dans les bois. Un sentier
à peine plus large qu'un wagon.
À quelques kilomètres au sud de Tignish,
j'ai vu Dave s'arrêter subitement devant moi. Il attendait que les piétons aient
fini de traverser la route – dans ce cas, il s'agissait d'une gélinotte huppée
suivie de ses quinze petits. Ce fut la partie la plus achalandée de ce tronçon de
route sous les arbres.
Vers le milieu de l'après-midi, nous avons enfin
aperçu notre premier grand paysage de champs cultivés. Une partie de cette
ferme d'un million d'acres, comme on appelle souvent l'Île-du-Prince-Édouard. Le
riche et vert feuillage des plants de pommes de terre poussant dans les champs de terre rouge
justifie ce surnom.
Il était près de 19 h lorsque nous avons
atteint O'Leary, en plein cœur du pays de la pomme de terre – en fait, ce village abrite
même un musée consacré à ce tubercule. Nous étions
agréablement épuisés – nous avions roulé pendant plus de soixante-cinq
kilomètres depuis North Cape.
« Ça n'a pas l'air d'une grosse ville, ai-je dit à Dave. Il n'y a probablement pas de
restaurant tout près. Est-ce que tu veux qu'on se fasse livrer une pizza? »
« J'ai pas envie de manger de la pizza, » m'a-t-il répondu.
« Veux-tu remonter à vélo pour trouver un restaurant après que nous aurons
déposé nos bagages? »
« Champignons et poivrons verts, » fut sa réponse.
Le jour suivant, la forêt céda la place
aux champs, nous révélant davantage la texture rurale de l'Île. J'avais
commencé à lire Anne... la maison aux pignons verts la veille au soir et, en
admirant le paysage qui se déroulait devant nos yeux tandis que nous roulions solennellement à
environ douze kilomètres à l'heure, je pouvais comprendre ce sens du lieu qui
caractérise le livre autant que ses personnages. Sous nos yeux se trouvaient de jolies
fermes bien propres et des villages paisibles. Il n'était pas difficile d'imaginer de
quoi l'île d'Anne avait l'air au tournant du siècle dernier, tout simplement parce que
le temps semble passer moins vite ici.
Nous avons poursuivi notre route, traversant champs,
entourés de carouges à épaulettes et de chardonnerets. Dave
s'arrêta et pointa vers un lièvre immobilisé sur le sentier. Plus loin,
un renard traversa la route en courant. Nous étions si loin de tout qu'il nous sembla
presque miraculeux de nous trouver attablés à une terrasse de Summerside,
quelques heures plus tard, admirant les spinnakers colorés des voiliers qui faisaient
la course.
Nous terminâmes notre visite de Summerside par
une partie de golf miniature et, dix minutes plus tard, nous étions de nouveau à
la campagne, pédalant parmi les champs de pommes de terre.
Une journée de vélo sans
difficultés d'un peu plus de cinquante kilomètres nous amena jusqu'à
Hunter River. Un peu plus tôt dans la journée, Dave avait mentionné qu'il
serait plaisant de trouver un restaurant où l'on pouvait manger des moules à
volonté. Il fut comblé ce soir-là et nous mangeâmes trois grosses
chaudières de ces mollusques locaux – ça mange des garçons en croissance!
Notre aubergiste nous avait conduit au restaurant et était venu nous chercher
après notre repas. La serveuse du restaurant avait tout simplement commenté
« C'est comme ça que ça se passe à l'Île. »
Le lendemain, à midi, nous longions la
côte de la baie de St. Peters, admirant, au loin, les dunes de la péninsule de
Greenwich dans le parc national de l'Î.-P.-É. Une demi-douzaine de grands
hérons s'envolèrent à notre arrivée au bord d'un marais.
De longues rangées de bouées flottaient partout sur les eaux calmes de la
baie. Un autre cycliste nous apprit que ces bouées ne marquaient pas l'emplacement de
casiers à homards mais celui de lignes à moules que l'on récoltait dans
la baie.
Une légère bruine nous a
accompagnés pour notre dernière journée. La charmante hôtesse de
notre gîte du voyageur à Souris nous a gracieusement conduits jusqu'au sentier
principal. Nous avons franchi les quinze derniers kilomètres de pente descendante douce
à l'ombre des arbres en une heure, accélérant notre rythme en voyant
arriver la fin. Nous nous sommes applaudis lorsque nous sommes parvenus à la fin du
sentier et avons garé nos vélos à l'ancienne gare transformée
en musée ferroviaire. Nous avons eu l'impression d'avoir pédalé
jusqu'en 1928 pour pouvoir prendre l'express qui nous amènerait à Charlottetown.
Mais ça aurait été tricher. Nous n'étions pas encore rendus au
bout de l'Île. Nous avons viré à gauche au musée. À partir
de là, nous n'avions plus qu'à rouler pendant seize kilomètres, en
descendant, pour aboutir au phare d'East Point et au golfe du Saint-Laurent.
Nos bagages couverts de poussière rouge et le
sourire aux lèvres, nous avons dépassé le phare pour nous rendre sur la
falaise qui surplombe la mer.