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Les courses attelées

Le calme de la piste

par David Helwig

Sculpture d’une course attelée de Sandland

L’hippodrome Pinette Raceway est caché dans un petit boisé non loin d’une grande maison en bois. On y accède en empruntant une route de terre battue située juste un peu après Mike's Lobster Pound sur la route Transcanadienne, à environ 40 kilomètres à l’est de Charlottetown. L’hippodrome est indiqué par un panneau peint à la main où l’on voit la silhouette d’un cheval, d’un cavalier et d’un sulky.

L’hippodrome comprend une estrade en bois, un bâtiment également en bois où l’on trouve un casse-croûte et, un peu plus loin, un bâtiment plus long et plus bas qui abrite les stalles des chevaux. Tous les bâtiments sont peints en blanc avec des bordures vertes. L’ovale de la piste est ocre rouge, la couleur de la terre de l’Île-du-Prince-Édouard. Lorsqu’on grimpe sur l’estrade, on peut observer un peuplement de grandes épinettes bordant la ligne d’en face, sur sa moitié. L’autre moitié est ouverte sur des champs et sur la surface scintillante de la rivière Pinette. J’ai parfois pu observer les battements d’ailes courts et rapides d’un balbuzard pêcheur alors que ce dernier chassait en décrivant des cercles au-dessus de la surface de l’eau, prêt à plonger. J’ai aussi pu apercevoir, lors des périodes de calme entre les courses, un renard sortir du boisé d’épinettes et y retourner, trottant sur ses pattes menues.

La plupart des gens qui fréquentent l’hippodrome vivent dans les environs. L’adolescente de 16 ans à qui vous payez à l’entrée votre dollar pour l’admission est la même que vous verrez quelques minutes plus tard sur les estrades, en train de vendre des billets pour le tirage au sort de la soirée. Ici, aucun empressement autour des guichets pour les paris; en fait, il n’y a aucun guichet. Ni de prix pour le gagnant d’ailleurs. L’unique raison d’être de ces courses est le plaisir d’y participer, la joie d’observer les longues pattes élancées des chevaux courir en harmonie, tirant les minces roues des voitures pendant deux tours de piste.

Pour réarranger la piste, après les premières courses, on fait venir un tracteur de l’arrière de l’écurie. On y a fixé à l’arrière, avec une chaîne, le tronc d’un arbre de bonne dimension. Le tracteur traîne ensuite le tronc sur la piste pour la niveler.

Au casse-croûte, on offre des hot dogs et des croustilles ainsi que des muffins faits maison; la dame qui les vend ressemble à ce type de femme que vous pourriez croiser dans une assemblée paroissiale. En fait, ces deux mondes, hippodrome et religion, ne sont pas si distants. Une femme dans une des rangées de l’estrade parle d’un pasteur qu’elle a entendu prêcher. Il était d’une congrégation baptiste, elle en est sûre, car elle pouvait le deviner juste à sa façon de prêcher. Et alors que les chevaux de la troisième course s’approchent de la ligne d’arrivée, le présentateur s’écrie : « C’est le moment d’entonner votre cantique favori! ».

Ce mercredi soir, nous sommes installés sur les estrades. C’est la fin de l’été – et aussi de la saison –, le temps est un peu frais. Un des conducteurs, une figure familière aperçue au cours des mercredis précédents, mentionne en blaguant qu’il vient sur les estrades pour s’y réchauffer. « Ce petit-là, c’est un fonceur » dit-il d’un cheval de deux ans qui se déplace sur la piste. Personne ne fait de commentaires et il répète : « Ah oui, c’est sûr, ce petit-là, c’est un fonceur ».

Le programme des courses n’est pas planifié longtemps à l’avance. Ainsi, on peut voir un conducteur arrêter son cheval devant l’estrade pour crier au présentateur des courses le nom d’un nouveau participant, puis indiquer aux spectateurs qui l’observent sur les estrades qu’il doit retourner aux écuries pour récupérer sa cravache que quelqu’un a égarée.

Entre les courses, le conducteur qui a remporté la première s’installe dans les estrades, parmi les spectateurs, portant toujours son casque qui lui tient lieu de seul et unique équipement. C’est un homme petit et mince, son visage est souriant. Comme on est à court de participants pour la troisième course, il décide de ressortir son cheval. Et remporte une nouvelle fois la course! Ce soir, seuls deux chevaux participaient à la seconde course et aucun des conducteurs n’avait de cravache. On pouvait les entendre, dans l’air du soir, lancer des encouragements à leurs chevaux alors qu’ils attaquaient le dernier droit.

La piste de l’hippodrome n’est pas éclairée. Les courses doivent prendre fin avant que la noirceur ne s’installe, à partir de l’est, par-delà la rivière et les grands arbres. Y aura-t-il des courses la semaine prochaine? Peut-être, mais les journées raccourcissent. L’air est vif et froid. Après la dernière course, tous s’empressent de quitter leur siège pour rejoindre leur véhicule.

Le soleil se couche au-dessus de l’anse à Pinette. La plage où l’on récoltait des palourdes durant l’été est maintenant déserte. C’est l’époque de l’année où l’on ramène les homardiers sur les berges et où on les installe sur des blocs pour l’hiver. Au printemps, lorsque le temps sera plus clément, ils seront repeints et nettoyés. Ces bateaux installés dans les arrière-cours des maisons, un peu partout sur les routes de campagne, font partie de cette poésie qui se dégage, l’automne, de ce coin de pays.

Bientôt, on remisera le panneau annonçant les courses, mais dans quelques mois, quand la glace aura fondu, parmi les autres signes du printemps, les chevaux seront de retour, et leurs sabots piétineront à nouveau la piste de terre rouge.